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SAINT-THARSICIUS EN 1933
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Certains se rappellent
peut-être d'une enquête faite
dans toutes les paroisses du diocèse en 1933. J'ai relevé pour vous ce
qui a été écrit sur Saint-Tharsicius. À mon avis, ce
document peut en intéresser plusieurs et être grandement révélateur
des coutumes de l'époque même si
quelques passages sont déjà connus.
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1) Mouvement démographique
La population de la paroisse de Saint-Tharsicius y
compris la partie du Lac à Pitre dont une partie des
fidèles sont desservis par le curé de Saint-Tharsicius,
se chiffre actuellement à 825 âmes, total qui accuse
une augmentation de 400 âmes depuis cinq ans.
D'après le registre paroissial, les naissances et les
sépultures sont réparties comme suit : en 1927, il y eut
21 naissances et 6 sépultures; en 1928, 23 naissances
et 8 sépultures; en 1929, 17 naissances et 7 sépultures;
en 1930, 29 naissances et 11 sépultures; en 1931, 35
naissances et 19 sépultures; en 1932, 34 naissances et
14 sépultures; ce qui nous amène à une proportion de
30 par 1000 de population par année.
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2) État économique
La valeur moyenne de la propriété des cultivateurs est
de 500 $ d'après le recensement de l'année courante;
celle des lots patentés, mais sans culture, s'élève à 1500
$; le tiers des propriétés est propre à la culture. La
paroisse étant assez récente, il y a encore beaucoup de
défrichement à faire. D'après les primes obtenues par
les colons pour l'année 1932, il y aurait eu 830 acres
défrichés, ce qui représente un fort mouvement vers la
terre. Le nombre des propriétaires de lots se chiffre à
183 avec une valeur de 115 725 $.La paroisse de Saint-Tharsicius, étant formée de
terrains plutôt plats et le sol étant composé de terre
riche, est très propre à la culture de tout genre.
Actuellement les champs affectés à la culture sont situés trop près de la forêt
et ne peuvent donner leur
plein rendement, car les gelées d'automne causent des
dommages en certains endroits, mais avec un travail
de plus en plus accentué vers le défrichement et le
déboisement, dans quelques années ces obstacles
disparaîtront.
La paroisse de Saint-Tharsicius n'est pas encore
érigée en municipalité, mais les documents à cette fin
sont actuellement au ministère des Affaires
municipales. Il n'y a pas de dette municipale, la dette scolaire s'élève à 774 $. Pour ce qui est des édifices
religieux, l'église et le presbytère sont évalués à 14
000 $, les dépendances à 3000 $ et la dette s'élève à
6000 $ environ.
Comme dans toute paroisse de colonisation, la plupart
des gens se livrent au commerce du bois, trois moulins
fonctionnent dans la paroisse. Il n'y a pas
actuellement d'établissement de fromagerie, les
cultivateurs font le transport de leur crème à Amqui;
des démarches sont faites auprès du ministère de
l'Agriculture pour l'établissement d'une fromagerie,
car actuellement il y aurait dans la paroisse le nombre
de vaches requis pour le fonctionnement régulier d'un
établissement de ce genre. Par le passé, on ne se
souciait guère d'améliorer les troupeaux laitiers, étant
donné que les cultivateurs ne pouvaient disposer de
leur crème à l'étranger, on ne songeait qu'aux besoins
de la famille, d'autant plus que les terrains affectés au
pâturage étaient restreints, mais un essor est donné de
ce côté depuis quelques années et déjà des fermes sont
dotées d'animaux qui font l'orgueil de nos
cultivateurs.
Plusieurs familles confectionnent à la maison les
vêtements et sous-vêtements. La mise en conserve de
certains produits : viandes et légumes est déjà chose
connue et pratiquée dans la paroisse par un très grand
nombre. Tout de même il y a 40 familles que la
charité doit aider par périodes et 5 à l'année.
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3) État social
La population de la paroisse se répartit en agriculteurs,
colons, commerçants et journaliers. La valeur
professionnelle en chaque catégorie est en progrès;
grâce à la crise qui sévit actuellement, on commence à
comprendre que la culture de la terre sera seule source
qui apportera au foyer une certaine aisance. Par le
passé, l'industrie du bois avait beaucoup affecté
l'agriculture, le bois ayant un bon cours, la culture de
la terre était négligée; si l'on avait fait du bois et du
défrichement en même temps, d'une manière
raisonnable, la plupart serait en lieu de se suffire par
eux-mêmes.
La paroisse est dotée de sept écoles qui fonctionnent
très bien, les rapports qui sont faits par ceux qui ont
charge attestent le travail toujours soutenu et constant
des institutrices. L'assiduité est très bonne. Les
enfants, d'une manière générale, ne quittent l'école
qu'après avoir emmagasiné un certain bagage de
connaissances utiles. Trois jeunes filles sont
actuellement dans les couvents, deux garçons aux
études primaires supérieures. Il y a dans la paroisse
deux cercles pour le perfectionnement professionnel; l'Union des cultivateurs
catholiques (U.C.C.) et le Cercle agricole qui fonctionnent, les
adultes et les jeunes s'y intéressent. Un seul jeune
homme a fait un stage à l'École d'agriculture.
Grâce à une culture plus intense, certaines familles
parviennent à se suffire dans une bonne mesure par les
produits de la terre. Vu le nombre de colons n'ayant
pas le défrichement suffisant, ceux-ci doivent se
procurer ailleurs ce que leur terre n'est pas en
demeure de leur fournir. La femme au foyer aide de
son côté, elle confectionne dans une grande mesure les
habits et supporte ainsi le poids des dépenses
occasionnées par l'entretien d'une maison. Il faut
reconnaître avec plaisir que les plus fortunés aident
volontiers ceux auxquels le nécessaire manque. Des
hommes charitables font des quêtes et le curé
s'occupe d'en faire la distribution aux pauvres.
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4) État moral
Grâce à l'esprit de foi ancré dans notre population, on
n'aperçoit pas encore l'indice de propagande néo-malthusienne. Ce fléau n'a pas encore fait son
apparition dans notre milieu. Il n'y a aucun cas de
désaccord signalé dans les ménages; la paix et la
concorde règnent dans tous les foyers. Il en est de
même de l'autorité paternelle qui est ce qu'elle doit
être. Les mères ont aussi l'autorité qui leur sied au
foyer à l'égard de leurs jeunes filles, elles donnent le
bon exemple dans le port des habits et les jeunes filles
le suivent. Les catalogues qui sont envoyés un peu
partout pénètrent malheureusement dans notre
paroisse, mais le manque de ressources fait qu'on y
fait moins attention qu'autrefois.
Vu la crise qui sévit, on en est venu pour le moment
du moins à équilibrer quelque peu le train de vie et les
ressources de chaque famille. On se contente du tiers
de ce qu'on avait autrefois. Nous avons constaté avec
plaisir que dans la distribution des secours, alors qu'il
y a un an il fallait 30 $ à 40 $ par mois pour le soutien
de chaque famille, actuellement on se suffit avec la
moitié, c'est donc dire qu'on a compris le sens de
l'économie et on a appris à tirer partie des faibles
ressources mises à leur disposition.
Pour ce qui est de la propreté et du bon goût dans la
tenue de la maison, de ses alentours et de ses
bâtiments, il y aurait encore du travail à faire, le curé
ne manque pas l'occasion de signaler ce fait et je crois
qu'avant longtemps il y aura amélioration sensible.
L'honnêteté dans les relations commerciales, dans le
respect des contrats et la parole donnée est encore
chose en honneur dans les foyers, chacun s'efforce
dans la mesure du possible de faire face à ses
obligations.
À ma connaissance je ne sache pas qu'il y ait abus des
procès; nos gens ont encore le sens de l'honneur;
lorsque des différents existent, ces difficultés sont
exposées aux membres du Comité paroissial qui règle
le cas. Nos gens voient dans l'autorité civile celle que
le bon Dieu leur a départie.
Les jeunes gens ont aussi le respect de la femme et de
la jeune fille ce qui maintient leur santé morale, de
leur côté la femme et la jeune fille conservent leur
honnêteté, leur respectabilité en se conduisant comme
elles doivent le faire. Comme la plupart des hommes
qui se livrent à la coupe du bois ont sur leurs
propriétés du bois en abondance, les familles
demeurent sur leurs lots respectifs et ainsi les femmes
et les enfants vivent ensemble sans agglomération de
personnes étrangères à leur famille. Quoique ces
colons n'aient pas toujours une éducation soignée vu
leur état, les hommes, femmes, jeunes gens et jeunes
filles s'efforcent et s'appliquent le plus possible et
nous constatons avec joie qu'il y a un progrès notable.
Grâce à l'intelligence et aux bonnes manières des
industriels, il y a un travail constant et appréciable
contre les imprécations et les formules
blasphématoires et ce travail est couronné de succès. Il
est à noter qu'il y a un effort chez les paroissiens en
faveur de l'épargne, surtout chez les jeunes; depuis
cinq mois il existe une petite caisse scolaire pour
l'enseignement de l'épargne, qui donne un succès
épatant. Les dépenses occasionnées par l'usage des
cigarettes, l'alcool et véhicules de luxe sont tellement
diminuées qu'il est à peine difficile de signaler les
quelques cas qui pourraient se rencontrer.
L'ivrognerie et l'alcoolisme en honneur autrefois sont
disparus, la fabrication et le commerce clandestin des
boissons sont en recul il y a donc à ce sujet, progrès
sensible.
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5) État religieux
Le précepte de la messe est ordinairement observé par
la plupart à quelques exceptions près, tous se font un
devoir d'observer fidèlement le précepte dominical. Il
n'est pas à ma connaissance que le repos dominical
soit violé. Il en est de même de l'abstinence du
vendredi et du jeûne du Carême, précepte qui est violé
seulement par ceux qui n'ont pas autre chose à manger
que d'aliments gras.
Pour ce qui est du soutien de l'organisation paroissiale
et du prêtre, les paroissiens font probablement leur
possible, mais ils pourraient faire peut-être un peu
plus. La coutume de la prière en famille est encore en
honneur dans les foyers, l'Angélus est un peu négligé.
Chaque chef de famille, à ma connaissance, se fait un
devoir de bénir leurs enfants à l'occasion du Jour de
l'An. On conserve toujours la bonne habitude de
s'agenouiller pour recevoir la bénédiction du curé lors
de la visite paroissiale.
Notre paroisse est dotée de deux confréries
actuellement en vigueur, les Dames de Sainte-Anne et
les Enfants de Marie; ces deux confréries fonctionnent
très bien ayant régulièrement leur réunion tous les
mois, avec réception du sacrement de Pénitence et de
l'Eucharistie ainsi que conférence.
Les Oeuvres de la Propagation de la Foi et des
Vocations sont encouragées dans la mesure des
ressources des colons. Les communions se chiffrent
à 12 500 par année environ. Il est à déplorer cependant
quelques abstentions du devoir de la communion
pascale, je crois que l'on pourrait retracer l'origine de
ces deux ou trois cas. Il y a tout de même un progrès
marquant du côté spirituel, les paroissiens
s'approchent assez souvent des sacrements surtout à
l'occasion des fêtes de la Sainte-Vierge ou autres
solennités.
Jusqu'à présent la paroisse n'a pu fournir de vocations
sacerdotales, les ressources de chaque famille étant
très limitées.
On aime son église paroissiale et chacun se fait un
devoir d'y venir pour s'unir afin de prier en commun.
Tous sont soucieux du bon renom de la famille
paroissiale, on garde un religieux respect dans l'église
et il n'y a aucun scandale à signaler. Pour ce qui est de
l'oeuvre du Séminaire(1), par le passé plusieurs se sont
montrés généreux mais depuis quelques années le
manque du nécessaire même, empêche de fournir une
aide quelconque.
Je crois qu'il y a encore plus de journaux à tendance
politique que de journaux catholiques. À l'honneur de
nos foyers je dois dire que les images religieuses sont
répandues dans toutes nos familles et le crucifix garde
sa place dans chaque maison. C'est donc dire que
notre population est vraiment ce qu'elle doit être
c'est-à-dire profondément religieuse, en tout soumise
aux instructions qui lui viennent du Saint-Père et de
notre Vénéré Évêque.
Révérend. Léo Hudon, curé
Saint-Tharsicius, le 30 mai 1933
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Commentaire
de l'auteur sur le contenu du rapport :
Vous avez là un sujet de « méditation » intéressant. Certains items seraient différents, si on refaisait
un travail semblable pour les cinq dernières années. Avec les chiffres dont nous disposons, on sait que
les naissances ont passé de 30 à 16 par mille de population. On verrait aussi que des valeurs ont
disparu. Éventuellement, elles seront remplacées par d'autres, mais, entre temps, c'est le désarroi à cause
du vide qu'amène cette transition. C'est l'histoire de toutes les civilisations. La planète en a vu
d'autres.
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Note de l'auteur :
1. La souscription pour le Séminaire a été ouverte le 6 août 1928.
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