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LES ORIGINES DE LA PAROISSE DE SAINT- THARSICIUS 

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Notes pour l'histoire de la nouvelle paroisse, Saint-Tharsicius, du canton Blais, comté de Matapédia, du 4 décembre 1925 au 5 mai 1926, laissées par le missionnaire Pierre Bérubé. (partie 4 et fin)

1er avril 1926 : - Messe solennelle du Jeudi-Saint. Plusieurs communions furent distribuées pendant la messe. La cloche ne pourra pas faire son voyage « ad limita! » pour la bonne raison que... que nous n'en avons pas!... À 7 heures, Heure-Sainte au Reposoir. Chapelle débordante d'adorateurs. « Un seul moment, qu'on passe dans ton temple vaut mieux qu'un siècle aux palais des mortels. » Les hommes et jeunes gens se sont fait un rigoureux devoir de monter la garde auprès de l'autel eucharistique toute la journée.

Après l'Heure-Sainte : cérémonie du lavement des pieds. On est petit, mais on fait les choses en grand! Les douze apôtres sont : Yvon et Albert Cassista, Eugène Charest, Alphonse et Victor Desnoyers, Hormidas et Lionel Desrosiers, François Gosselin, Philippe Lambert, Chs-Eugène Dumais, Lionel Martel, Paul-E. Thibault. Douze beaux chérubins. N'est-ce pas que le Blais est une mission... apostolique? Le missionnaire distribue à chacun de ces chers petits un chapelet-souvenir.

2 avril 1926 : - Office lugubre du Vendredi-Saint. Presque toute la population s'est fait un religieux devoir de venir vénérer la Croix. « O crux, ave! »(1) À 3 heures, Chemin de la Croix.

3 avril 1926 : - Office du Samedi-Saint. Bénédiction du feu nouveau, du cierge pascal et des fonds baptismaux. Messe solennelle et communions nombreuses. Alléluia!

Les plans pour l'érection civile et canonique de notre future paroisse sont envoyés à Mgr avec la requête des francs-tenanciers. C'est l'arpenteur Albert Michaud de Trois-Pistoles qui en a tracé les plans.

4 avril 1926 : - Pâques. « Jésus paraît en vainqueur. » La joie pure et sereine est dans tous les coeurs.

Vêpres solennelles à 7 heures. Illumination grandiose : celle des coeurs. Toute l'assistance chante en grégorien, s.v.p. « Heac dies quam fecit Dominus ».(2)

7 avril 1926 : - Le missionnaire est obligé de transporter encore ses pénates ailleurs : Mme veuve E. Beaudoin, propriétaire du camp-presbytère actuel, prenant possession de son domaine dans quelques jours. On a restauré le mieux possible le camp-hangar de M. Nap. Lambert, pour en faire un presbytère en attendant... Là où se logeaient les instruments aratoires et les wagons, se logera pour un temps illimité l'instrument... du bon Dieu.

Le nouveau presbytère mesure 20 x 24 pieds par 18 de haut. L'étage principal mesure 6 pieds de hauteur. Un bureau, une cuisine, deux chambres à coucher et... c'est tout. Le nouvel immeuble est situé sur le lot 49 du rang 3 Blais (et à 50 pieds également du chemin de front des rangs 2 et 3 Blais, à 50 pieds environ de la route conduisant aux rangs 4 et 5). Luxueuse construction en bois rond avec têtes, calfeutrée avec de vieilles poches, etc. Toutefois, on y vit content et heureux puisque l'oeuvre du bon Dieu se fait.

10 avril 1926 : - Ding! ding! ding!... Des portes s'entrouvrent, des têtes en surgissent, puis des curieux s'amènent, des oreilles se tendent au loin, des questions se posent, des suppositions s'établissent, des commères glosent à qui mieux mieux... en un mot c'est presque tout un émoi dans notre paisible petit village. Ding! ding! ding! « Est-ce le signe avant-coureur de la fin des temps? » se demande Amédée Levasseur. « Non, c'est la trompette du grand ralliement universel » déclare Célestin Charest. « Ce ne serait pas plutôt, dit le père Lambert, la grosse cloche d'alarme de New York appelant tous les pompiers de la ville à combattre un incendie?...»  Nenni! Nenni! C'est une petite cloche de 75 livres que Charles Lévesque et Léon Mignault, bedeau, sont en train d'installer sur le toit de l'école-chapelle! Les conjectures finirent d'en par là, comme dirait Louis Fréchette.

Ce futur écho du futur carillon de Saint-Tharsicius, est le don sympathique de notre petite soeur aînée : Sainte-Jeanne-d'Arc, par l'entremise de son charitable curé, le révérend Ludger Harvey. Ding! ding! ding! chante-t-elle en signe de bonjour aux colons de Blais et de Lepage. Ce soir à 7 heures, notre bourdon chante pour la première fois les louanges de Marie, en égrenant ses notes grêles de l'Angélus.

Mlle Odile Gagnon, de Saint-Arsène, âgée de 70 ans, arrive ce soir avec le titre de ménagère pour le nouveau missionnaire.

15 avril 1926 : - Avis du chancelier du diocèse, M. l'abbé Ed. Chénard, annonçant qu'il se rendra sur les lieux, le 29 de ce mois, pour vérifier les allégations de la requête du 31 janvier demandant à Monseigneur l'Évêque l'érection des parties des cantons Blais et Lepage, sous le patronage de Saint-Tharsicius.

17 avril 1926 : - Un nuage sombre à l'horizon menace de tempérer les ardeurs du beau soleil des débuts de la nouvelle paroisse. Certains personnages d'Amqui, que leur rang social oblige de taire les noms ici, profitant de la crédulité et de la faiblesse humaine de certaines âmes pourtant bien disposées, pour mieux arriver à leurs vues personnelles antérieures déjouées par la nomination d'un missionnaire dans lesdits Cantons, et usant de ruses et d'intrigues déloyales, ont insinué à quelques colons de faire opposition à l'accord général de placer, dans le centre, la future chapelle.

Cette triste et basse machination, nous la tenons trop bien, hélas! de source certaine pour n'y pas porter foi. Déjà des paroles aigres-douces s'échangent en certains quartiers et menacent de tourner à un dénouement tragique. D'ailleurs, le missionnaire a reçu lui-même certaines protestations de la part de braves gens qui lui déclarent avoir été trompés?... Qu'arrivera-t-il? Qui vivra, verra! « Da miki, Domine, Virtutem... »(3)

25 avril 1926 : - Saint-Marc. Bénédiction des grains avant la messe et procession à l'extérieur au chant des Litanies des Saints. Les colons se sont fait un devoir de venir en masse implorer les bénédictions du Ciel sur les travaux. Rien de plus édifiant que de les entendre réciter à haute voix le chapelet pendant la procession.

La procession est à peine terminée qu'une forte tempête de neige s'amène. Que le printemps et ses frimas bénissent quand même le Seigneur!

28 avril 1926 : - Les esprits sont montés d'une manière alarmante. Chacun maintenant se fait porteur d'une nouvelle... nouvelle. Quelle belle victoire pour ceux qui, il y a à peine cinq mois, se voyaient brusqués dans leurs vues intéressées et mesquines. Mais l'avenir peut leur réserver encore des désappointements à ces semeurs de discorde qui, aujourd'hui, se tiennent bien mal dissimulés dans l'ombre. Ils se sont fait trahir par ceux-mêmes qui se sont prêtés à leurs basses manoeuvres. Nous les connaissons par leurs noms et leurs professions.

29 avril 1926 : - Le grand jour est arrivé. Assemblée, dans l'école-chapelle, des francs-tenanciers présidée par le délégué de l'Évêque, M. l'abbé Chénard.

Il y a de la poudre dans l'air... Des yeux sont fuyants... des corps s'agitent... des langues se dénouent et s'entraînent à la sourdine. Il y a toute apparence que l'unanimité ne sera pas tout à fait celle du 31 janvier dernier.

Le délégué a fait connaître à peine sa mission officielle, que déjà des objections se posent et des questions surgissent. C'est facile à voir que tous les esprits ne sont pas d'accord aujourd'hui. Un homme aux cheveux blancs, représentant le groupe qui reste en faveur du centre, se lève et pose respectueusement la demande du site de la nouvelle chapelle. Le délégué répond que l'assemblée de ce jour n'est pas tenue pour fixer le site de la chapelle, mais bien pour vérifier la requête. C'était un point de réglé mais habilement repris comme nous le verrons. Après quelques réparties plus ou moins à sa place et en son lieu, le délégué lit la teneur de la requête avec les signatures. C'était le calme plat... précurseur d'un nouvel orage. À la demande : « S'en trouve-t-il parmi vous qui veulent retrancher leur signature? ». Trois ou quatre opposants, sans savoir pourquoi, se lèvent et font retrancher leur nom. Nouveau silence. Un colon plus audacieux pose certaines questions, plus ou moins délicates et s'attire un « À l’ordre! » terrorisant du président de l’assemblée. La lutte courte, il est vrai, mais décisive, reprend de nouveau. À la question posée de nouveau sur le site de la nouvelle chapelle, le délégué croit bon de répondre : « La croisée des quatre chemins, au coin de la route, endroit de la chapelle-école actuelle, semble un magnifique centre pour la future chapelle ».!! Cette déclaration malencontreuse, qui ne rencontre pas les vues générales de l’assemblée, amène de nouveaux retraits aux signatures. Plusieurs déclarent carrément ne plus fournir maintenant leur part de bois promis. L’assemblée se dissout sans plus de cérémonie pour aller continuer à discuter avec plus de chaleur et moins de dignité à la porte de la chapelle.

Ainsi, un bien paisible travail de cinq mois est brusquement brisé par une seule parole avant l’heure : parole irréfléchie faisant écho aux insinuations d’une influence indue et traîtresse.

Maintenant, quand cette petite population se donnera-t-elle la main pour marcher d’avant?... En attendant, nous disons bien haut que nous avons vu de nos yeux et entendu de nos oreilles un diplomate, dans son genre, unissant la douceur à la prudence. « Expérience, passe science », dit-on.

30 avril 1926 : - Procession de colons venant reprendre leur part de bois déjà tout préparé dans les dimensions voulues pour la construction de la nouvelle chapelle : les industriels ne se font pas tirer l'oreille pour acheter ce bois de premier choix que nous avions obtenu à de si bonnes conditions...

La scène d'hier, qui s'achève aujourd'hui, sera l'une des pages sombres de l'histoire de Saint-Tharsicius, écrite bon gré, mal gré, par des gens qui nieront leurs actes déloyaux et en feront porter lourdement la responsabilité sur les épaules d'un pauvre missionnaire qui, malgré sa fragilité humaine, a mis tout son coeur et toute son âme à faire le mieux possible sa petite part de bien au service du bon Dieu. Et comme récompense humaine, on s'emparera avec une joie mal dissimulée d'un certain tort de sa part qu'on ne voudra pas pardonner et oublier pour faire peser l'odieux sur lui. Merci, mon Dieu!

1er mai 1926 : - Ouverture solennelle du mois de Marie. Prions, oui prions Marie, Secours des chrétiens. « C'est le mois de Marie, c'est le mois le plus beau. »

5 mai 1926 : - Démission de l'abbé Pierre Bérubé, missionnaire depuis cinq mois dans les cantons Blais et Lepage. Il s'en va prêter le concours de son ministère au révérend Stanislas Roy, curé de Saint-Hubert du Témiscouata.

Au revoir, chers et bons amis de Saint-Tharsicius. J'apporte de vous un excellent souvenir. Que le bon Dieu vous garde et que sa sainte Mère vous protège!

Priez pour moi. Votre souvenir me suivra au Saint-Autel.

Comme mot d'adieu : JUSTICE SE FERA!

Pierre Bérubé, prêtre canton Blais.

Notes de l'auteur :

1. Salut, Ô Croix!

2. Ce Jour que fit le Seigneur!

3. Donne-moi, Seigneur, la force...

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