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LE FEU
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On ne peut parler de
l'industrie du
bois, sans parler de feu, son compagnon
inséparable, pour le mieux comme pour le pire.
Ceux de 1933 et de 1935 ont frappé particulièrement l'imagination. En 1933
le feu avait pris son origine sur le rang 4 Blais, un peu à l'est de la
route, à une quinzaine d'arpents du fronteau. Un feu de déchets,
mal éteint et ravivé par la brise matinale toujours traîtresse en
temps sec, a été la cause de ce désastre. Dans l'après-midi,
les flammes avaient déjà gagné le rang opposé et brûlé
l'habitation de M. Alex Lacroix. Mme Lacroix, en l'absence
de son mari, avait réussi à sortir un matelas, lequel brûla dans
la cour. À son arrivée, le mari sortit la machine à coudre. Et
tout le reste y passa.
Plusieurs s'étaient préparés au pire. M. Arthur
Gendron,
dans le rang 5, avait
enterré les ustensiles et la vaisselle dans le jardin. Les papiers
de conséquence avaient été mis dans une grande canistre à lait
remplie de linge. Avant de quitter dans une fumée très dense,
il planta le crucifix sur une souche, face à la forêt; et le feu a
respecté les lieux. Nous avions tous des camps bien pitoyables.
Mais c'était notre seule richesse et dans de telles épreuves, on
priait avec ferveur. Un autre voisin plus à l'ouest, voyant le
vent qui soufflait sur son camp, piqua une petite image
miraculeuse face au vent. À 2 heures, le vent avait tourné. Les
gens ont été sur le « qui-vive » une grande semaine.
En 1935, un feu encore plus dévastateur, mais plus loin des habitations
a fait rage. Une perte de vie a failli être déplorée. M. Joseph
Rémillard a été cerné par le feu en pleine forêt. C'est en se
tenant dans la rivière qu'il a eu la vie sauve.
Les garde-feu avaient beaucoup à faire durant ces périodes
tragiques. Le garde-feu en chef à l'époque, M. Eugène Beaudoin, avait la
responsabilité de dresser les tentes, de fournir les provisions et d'apporter l'équipement nécessaire pour éteindre le feu. Le
garde-feu local, M. Octave Cassista en juin 1935, distribuait
les tâches et voyait à ce que les hommes reçoivent leur repas
où qu'ils soient.
Il y eut d'autres feux avant et d'autres après. Tous les feux se
ressemblent, mais avant 1933 moins de gens en étaient
affectés, puisque la population était moindre et, après 1935, la
forêt ayant reculé pour faire place à la culture, ces feux étaient
moins à craindre.Tous ces feux ont été la cause de la longue pauvreté subie par
les colons. C'étaient des lots gaspillés, disaient-ils. Les «
brousses » avaient le temps de prendre le dessus avant qu'ils
aient réussi à mettre le bois brûlé en abattis, l'étendue
à nettoyer étant trop grande;
quelques-uns avaient vu leur lot y passer au complet. Et
quelles poussières et saletés ils avaient à affronter pour faire de
l'abattis après le feu. Aussi quel bois pour la cuisine! C'était un
lavage en règle à chaque fois qu'on approchait du poêle. Le
feu, comme l'eau, sont deux bons serviteurs, mais de mauvais
maîtres!!!
Tous ces détails sont puisés dans les souvenirs des gens du
milieu; voilà pourquoi je n'ai pas voulu les mélanger aux événements que relatent les
archives de la paroisse.
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Commentaire de
l'auteur
J'espère, par ces pages portant sur la poste
et les feux,
que les présentes générations comprendront ce que furent
leurs devanciers, le travail qu'ils ont dû accomplir et les
misères qu'ils ont subies pour bâtir notre belle paroisse.
Aussi, ces anciens colons ainsi les travailleurs de la période actuelle ont-ils droit non seulement à
notre admiration, mais aussi à notre reconnaissance
émue. |
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